Un chiffre, puis un autre, et soudain c’est la bascule : le régime de la micro-entreprise, longtemps synonyme de simplicité, se dote de nouveaux plafonds pour 2024. Derrière ces montants, des conséquences concrètes, parfois inattendues, pour celles et ceux qui font le choix de l’indépendance.
La TVA en tant qu’auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur) s’applique dès que vous dépassez les limites de CA et quittez le plan. Mais depuis le doublement des plafonds CA au 1/01/2018, vous pouvez également être soumis à la TVA, tout en maintenant le régime d’auto-entrepreneur. Nos explications.
Entrepreneur autonome et TVA, changements importants au cours de l’année 2018
La réforme opérée en 2018 a rebattu les cartes : les plafonds de chiffre d’affaires ont doublé, ce qui élargit la marge d’action des indépendants tout en gardant le statut privilégié de la micro-entreprise. Aujourd’hui, vous gardez ce régime tant que vos revenus annuels restent sous :
- 176 200 € (base 2020) pour les activités commerciales : achat-revente, restauration (sur place ou à emporter), location de logements,
- 72 500 € (base 2020) pour les prestations de service diverses.
Attention cependant, car même sans sortir du statut d’auto-entrepreneur, il suffit de franchir certains seuils pour que la TVA vous concerne :
- 85 800 € pour l’activité commerciale,
- 34 400 € pour la prestation de services.
Ces règles s’appliquent à tous : dépasser l’un de ces plafonds vous oblige à collecter la TVA et à la reverser. Pour comprendre précisément comment cela fonctionne, il existe des explications détaillées sur le dispositif de franchise de TVA.
Des seuils de tolérance existent quand même. La franchise en base de TVA reste acquise si le chiffre d’affaires ne dépasse pas :
- 94 300 € pour la partie commerciale,
- 36 500 € pour les services.
Au quotidien, comment cela se passe-t-il quand ces seuils sont atteints ?
Si le CA se situe entre : 85 800 € et 94 300 € pour le commerce, ou 34 400 € et 36 500 € pour le service, l’exonération de TVA s’applique encore pour l’année en cours. Si le CA dépasse : 94 300 € (commerces) ou 36 500 € (services), c’est la fin du privilège.
Le passage vers le régime simplifié de TVA intervient au 1er janvier de l’année suivant le dépassement, sous double condition :
- Le chiffre d’affaires N-2 reste sous le seuil de tolérance,
- Le chiffre d’affaires N-1 n’a pas franchi 85 800 € (commerce) ou 34 400 € (service).
On se retrouve alors dans une sorte de zone tampon, typique du statut micro-entrepreneur, où il faut appliquer la TVA mais sans encore changer totalement de cadre fiscal.
Comment gérer concrètement la TVA en micro-entreprise ?
Une fois la limite atteinte (94 300 € ou 36 500 € selon l’activité), la TVA s’impose : elle doit apparaître sur toutes vos factures, et il vous appartient de la déclarer puis de la reverser à l’administration.
Ce basculement ouvre aussi une possibilité appréciable : récupérer la TVA sur vos dépenses pro, mais uniquement si vos fournisseurs la facturent également. Un atout pour ceux qui investissent régulièrement dans du matériel ou des prestations de service.
La règle est simple : la déclaration et le règlement de la TVA s’effectuent deux fois par an, soit un versement à chaque semestre pour la TVA collectée sur vos ventes. Puis en fin d’année, lors de la déclaration annuelle (CA12), un réajustement est prévu.
Obligations comptables quand on devient redevable de la TVA
Les exigences restent mesurées mais la rigueur est de mise. Tenez scrupuleusement un livre de recettes, numéroté, en inscrivant chaque encaissement de façon chronologique et sans erreur. Il faut bien distinctement différencier les opérations soumises à TVA de celles qui ne le sont pas, au cas où une vérification fiscale surviendrait.
Avant de déclarer et régler la TVA, il est nécessaire de créer un compte professionnel sur le site des impôts. Cette étape d’activation prend parfois plusieurs jours : mieux vaut s’y prendre tôt pour éviter toute précipitation inutile à la date butoir.
En régime réel simplifié, deux acomptes rythment l’année fiscale :
- 55 % du total annuel estimé à régler en juillet,
- 40 % à reverser en décembre.
Quelques conseils comptables pour gérer le passage à la TVA
Pour une clientèle professionnelle, rien ne change vraiment : la TVA payée vous sera remboursée, elle n’alourdit donc pas la facture finale. En revanche, pour vos clients particuliers, le surcoût est bien réel, et là, il faut anticiper l’impact tarifaire.
Quand on démarre, il peut être judicieux d’inclure directement la TVA (20 %) dans ses prix, surtout si la croissance du chiffre d’affaires laisse présager un rapide passage aux seuils supérieurs.
Pour les auto-entrepreneurs déjà lancés, une augmentation progressive des tarifs, par exemple, une petite hausse à chaque début d’année, permet d’absorber l’arrivée de la TVA sans brusquer sa clientèle.
La micro-entreprise reste un formidable tremplin pour débuter, tester un projet ou bifurquer professionnellement. Mais lorsque l’activité prend de l’ampleur, la réflexion autour d’un changement de structure (EIRL, SARL, SAS) prend tout son sens. Il existe des outils en ligne pour comparer les différentes options, selon l’évolution de votre entreprise et vos objectifs personnels.
Passer un seuil, c’est quitter une zone de confort : chaque franchissement oblige à repenser sa gestion, à s’adapter. Plus que des montants, ces chiffres matérialisent le passage à une nouvelle dimension, celle d’un entrepreneur qui prend le contrôle, et qui le garde.



