Les plaques de plâtre et les couches de peinture relèvent d’activités souvent perçues comme secondaires dans le secteur du bâtiment. Pourtant, la réglementation associe ces métiers à des responsabilités identiques à celles des gros œuvres en matière de garanties obligatoires.
Un arrêt de la Cour de cassation de 2019 a confirmé que les entreprises de plâtrerie-peinture peuvent voir leur responsabilité engagée pendant dix ans, même pour des travaux considérés comme non-structurants. Les assureurs et les maîtres d’ouvrage appliquent ainsi des règles strictes, sans distinction entre spécialités du second œuvre.
Plan de l'article
- Pourquoi l’assurance décennale s’impose dans le secteur du bâtiment
- Obligations légales actuelles et évolutions à connaître pour les entreprises de plâtrerie et peinture
- RC Pro et décennale : quelles différences et complémentarités pour les professionnels du BTP ?
- Cas concrets : ce que risquent les plaquistes et peintres sans assurance adaptée
Pourquoi l’assurance décennale s’impose dans le secteur du bâtiment
Sur un chantier, les responsabilités ne se diluent jamais dans la masse. La garantie décennale concerne chaque intervenant du BTP : du plaquiste-plâtrier à l’entreprise de plâtrerie-peinture. Pas de faveur ni de traitement à la carte : dès lors que le moindre ouvrage, même de second œuvre, peut fragiliser la solidité de la construction ou nuire à son usage, la décennale devient une obligation fixée par la loi.
Le texte ne laisse aucune place au doute. L’article 1792 du code civil, renforcé par la loi Spinetta, impose à chaque acteur, de l’indépendant à la PME, de souscrire une décennale pour tout chantier, qu’il s’agisse de neuf, de rénovation ou d’extension. Même les constructeurs étrangers opérant en France doivent s’y plier. Seuls les sous-traitants et ceux qui interviennent exclusivement sur des équipements mobiles ne sont pas concernés.
Pour mieux comprendre, voici les cas typiques où cette obligation frappe :
- Assurance décennale plaquiste : requise dès que le travail peut affecter la structure ou l’usage du bâtiment.
- Décennale auto-entrepreneur : les règles sont identiques à celles des sociétés classiques, sans exception.
- La garantie s’étend aussi bien aux interventions sur l’existant qu’aux ouvrages neufs.
La décennale BTP va bien au-delà du simple dossier administratif. Elle protège le maître d’ouvrage, mais aussi l’entreprise face au coût parfois colossal d’un sinistre survenu plusieurs années après la livraison. Les assureurs exigent l’attestation avant tout début de chantier. En cas d’oubli, l’entreprise risque des sanctions sévères et son dirigeant peut se retrouver personnellement mis en cause.
Obligations légales actuelles et évolutions à connaître pour les entreprises de plâtrerie et peinture
La responsabilité décennale ne résulte pas d’un simple choix : c’est un cadre légal clairement balisé. L’article 1792 du code civil et la loi Spinetta imposent la souscription d’une décennale assurance à toute entreprise de plâtrerie ou de peinture qui intervient sur un bâtiment, dès lors que ses travaux peuvent toucher à la structure ou à la destination des lieux. Cela concerne aussi bien la rénovation que l’extension, le changement structurel ou la construction neuve.
Concrètement, tout plaquiste-plâtrier ou artisan peintre doit fournir une attestation d’assurance décennale avant même d’attaquer un chantier. L’absence de ce document peut entraîner des sanctions pénales et une mise en cause directe du chef d’entreprise. Les assureurs, eux, examinent chaque dossier à la loupe : chiffre d’affaires, expérience, méthodes employées, zone d’intervention, choix des garanties… autant de critères qui font varier les conditions de souscription.
Il existe tout de même quelques cas particuliers. Le sous-traitant qui n’agit que sur commande d’un donneur d’ordre n’est pas concerné, tout comme certains travaux qui n’impactent ni la structure ni la destination du bâtiment, ou qui relèvent du bricolage pur. Mais ces situations sont marginales dans la réalité du secteur.
La réglementation ne cesse de se renforcer. Les contrôles se multiplient, les maîtres d’ouvrage réclament des garanties étendues et la vérification des attestations est de plus en plus stricte. Les entreprises ont tout intérêt à anticiper, à souscrire leur garantie décennale avant le moindre coup de pinceau, et à adapter leur contrat à chaque chantier. Ce n’est pas seulement une question de conformité : la survie de l’activité et la confiance des clients en dépendent.
RC Pro et décennale : quelles différences et complémentarités pour les professionnels du BTP ?
La responsabilité civile professionnelle, ou RC Pro, accompagne l’entreprise tout au long de l’intervention. Elle prend en charge les dommages causés à autrui pendant les travaux : dégât des eaux chez un voisin, fenêtre brisée lors d’une manipulation, chute d’outil sur une voiture stationnée. Cette garantie cible donc les incidents qui surviennent en cours de chantier, sans lien avec la solidité ou l’usage futur de l’ouvrage.
La garantie décennale, elle, intervient après la livraison. Pendant dix ans, elle couvre les désordres qui compromettent la solidité du bâtiment ou l’empêchent de remplir sa fonction. Fissures, affaissements, infiltrations liées à la pose de cloisons ou à certains types de peinture technique : la décennale assurance s’active là où la RC Pro n’a plus d’effet.
Complémentarité des deux garanties
Pour clarifier les rôles, voici comment les deux assurances se répartissent la protection :
- La RC Pro prend en charge les dommages immédiats, survenus durant l’intervention.
- La garantie décennale couvre les sinistres majeurs révélés après la réception des travaux.
Les professionnels du BTP, qu’ils soient entreprises de plâtrerie-peinture ou auto-entrepreneurs, associent très souvent ces deux couvertures. D’autres garanties viennent compléter l’arsenal : garantie biennale pour les équipements dissociables, garantie de parfait achèvement, voire multirisque professionnelle pour les locaux et le matériel.
Chacune de ces protections s’applique à un périmètre spécifique. L’artisan doit examiner ses contrats, ajuster ses garanties et anticiper les risques concrets, sous peine de se retrouver exposé sur plusieurs fronts.
Cas concrets : ce que risquent les plaquistes et peintres sans assurance adaptée
Se lancer sur un chantier sans assurance décennale relève d’une prise de risque considérable pour un plaquiste ou une entreprise de plâtrerie-peinture. Imaginons : une cloison fissure, une peinture technique ne tient pas, une infiltration apparaît après quelques mois. Sans assurance, plus aucun filet. L’entreprise ou l’artisan doit assumer à lui seul le coût de la remise en état, parfois colossal si la solidité du bâtiment est mise en cause.
Et l’impact ne s’arrête pas à la facture. Le défaut d’assurance décennale constitue un délit passible d’une amende pouvant grimper à 75 000 euros ou d’un an de prison. Le statut d’auto-entrepreneur ne protège pas contre ces sanctions. Cette règle vaut aussi bien pour la rénovation ou l’extension que pour le neuf. Quant à la franchise d’assurance, même avec une couverture, elle reste à la charge du professionnel en cas de sinistre. Sans contrat, l’intégralité des frais repose sur ses épaules.
Les conséquences sur l’activité sont tout aussi sévères. Oubliez les marchés publics : sans attestation décennale, la porte est fermée. Les maîtres d’ouvrage privés exigent systématiquement ce document avant de donner le feu vert. Sans garantie, l’artisan risque de voir la clientèle se détourner et des litiges longs et coûteux s’accumuler. Pour un professionnel du BTP, négliger l’assurance, c’est s’exposer à des tempêtes financières et à une réputation fragilisée.
Dans ce secteur, la question ne se pose même plus : assurance décennale et RC Pro sont indissociables du métier. Elles protègent l’entreprise, rassurent les clients et balisent la route pour continuer à bâtir en toute confiance. Qui voudrait avancer dans le brouillard lorsqu’il s’agit de construire du solide ?


